Médicaments autorisés et interdits pendant la grossesse

Ne rien arrêter seule, ne rien commencer sans avis : deux règles qui règlent la plupart des situations. Le reste se vérifie molécule par molécule.

Mis à jour le 10 septembre 2026

Deux principes suffisent au quotidien : n'arrêtez jamais seule un traitement en cours, et ne prenez aucun médicament, même vendu sans ordonnance, sans avis d'un médecin, d'une sage-femme ou d'un pharmacien informé de votre grossesse.

Pourquoi ne pas arrêter un traitement du jour au lendemain

La découverte d'une grossesse pousse beaucoup de femmes à interrompre immédiatement leurs médicaments. Ce réflexe est souvent plus dangereux que la molécule elle-même. Une épilepsie mal contrôlée, un asthme laissé sans traitement de fond, une hypertension non traitée, un diabète déséquilibré ou une dépression qui rechute exposent le fœtus à des risques concrets : hypoxie, retard de croissance, prématurité, complications maternelles.

La bonne démarche est d'appeler dans les jours qui suivent le médecin qui a prescrit le traitement, en précisant le terme, et de continuer en attendant sauf indication contraire. Le prescripteur ajuste alors : maintien, changement pour une molécule mieux documentée pendant la grossesse, ou modification de dose. Cette révision fait partie de ce qui est abordé lors de la première consultation prénatale, et elle mérite d'être anticipée dès le projet de grossesse quand un traitement au long cours est en place.

Le CRAT, la référence à connaître

Le Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT), rattaché à un hôpital parisien, publie pour chaque molécule un avis actualisé fondé sur les données disponibles, avec une position claire : utilisable, à éviter, alternative recommandée. C'est la source qu'utilisent médecins, sages-femmes et pharmaciens en France, et elle est consultable librement.

Une notice de médicament, à l'inverse, dit presque toujours « demandez conseil à votre médecin » ou « déconseillé pendant la grossesse » : cette formulation protège le fabricant et ne signifie pas qu'un risque a été démontré. Beaucoup de médicaments jugés utilisables par le CRAT portent une notice prudente. Ne renoncez donc pas à un traitement utile sur la seule lecture d'une notice, et ne vous rassurez pas non plus parce qu'elle ne dit rien.

Ce que dit le calendrier de la grossesse

Le risque dépend autant du moment que de la molécule. Trois périodes s'enchaînent, avec des logiques différentes.

PériodeCe qui se joueType de risque
Avant 4 SA environŒuf non encore implanté ou tout juste implantéLoi du tout ou rien : soit l'embryon n'est pas atteint, soit il ne se développe pas
4 à 12 SA (2 à 10 SG)Formation des organesPériode de risque malformatif, la plus sensible
Après 12 SACroissance et maturation des organesRisque fonctionnel : rein, cœur, cerveau, sevrage néonatal

Cette chronologie explique par exemple que l'ibuprofène soit déconseillé tout au long de la grossesse mais formellement interdit à partir de 24 SA, quand le rein fœtal et le canal artériel deviennent directement vulnérables.

Famille par famille : ce qui est utilisable et ce qui ne l'est pas

Le tableau ci-dessous donne les repères habituels en France. Il ne remplace pas un avis individuel : une même famille contient des molécules très différentes, et un antécédent personnel peut modifier la conduite à tenir.

FamilleRepère pendant la grossesse
Antalgiques et fièvreLe paracétamol est l'antalgique de première intention, à la dose efficace la plus faible et le moins longtemps possible. Les anti-inflammatoires sont contre-indiqués, formellement à partir de 24 SA. La codéine et le tramadol relèvent d'une prescription, avec un risque de sevrage néonatal en fin de grossesse.
Anti-nauséeuxPlusieurs molécules antihistaminiques et antiémétiques sont utilisables et prescrites couramment contre les nausées de grossesse. La vitamine B6 est parfois associée. Toujours sur avis, y compris pour les produits de phytothérapie au gingembre.
Anti-acides et refluxLes pansements gastriques à base de sels d'aluminium ou de magnésium et les alginates sont utilisables. Certains inhibiteurs de la pompe à protons sont largement employés en cas de reflux résistant, sur prescription.
AntibiotiquesPlusieurs familles sont utilisables à tous les termes, notamment les pénicillines et certaines céphalosporines, ce qui permet de traiter une infection urinaire sans délai. D'autres sont à éviter, en particulier les cyclines après le 1er trimestre. Une infection non traitée est plus risquée qu'un antibiotique bien choisi.
Antihistaminiques (allergie)Certaines molécules de deuxième génération sont utilisables pendant toute la grossesse. Les sprays nasaux corticoïdes locaux et les lavages de nez restent la première ligne.
CorticoïdesUtilisables quand ils sont nécessaires, en cure courte ou au long cours, y compris en inhalation pour l'asthme. Une corticothérapie est aussi administrée volontairement en cas de menace d'accouchement prématuré, pour la maturation pulmonaire du fœtus.
Antidépresseurs et anxiolytiquesPlusieurs antidépresseurs sont compatibles avec la grossesse et le maintien du traitement est souvent le meilleur choix. L'arrêt brutal expose à une rechute. Les benzodiazépines en fin de grossesse peuvent entraîner une somnolence et un sevrage chez le nouveau-né. Décision toujours partagée avec le prescripteur.
VaccinsLes vaccins inactivés sont recommandés, notamment grippe et coqueluche entre 20 et 36 SA. Les vaccins vivants atténués, comme celui contre la rubéole, sont contre-indiqués pendant la grossesse.
Phytothérapie et huiles essentiellesAucune innocuité automatique. Plusieurs plantes sont utérotoniques ou hormone-like, et de nombreuses huiles essentielles sont déconseillées, y compris par voie cutanée ou en diffusion. Demandez un avis avant toute tisane « spéciale grossesse » ou complément à base de plantes.
Compléments alimentairesSeul l'acide folique est recommandé pour toutes. Le reste se prescrit sur constat de carence, et la vitamine A à forte dose ainsi que les rétinoïdes sont contre-indiqués. Voir vitamines et compléments.

Consultez rapidement si vous avez pris un médicament contre-indiqué sans savoir que vous étiez enceinte, si une fièvre dépasse 38 °C plus de 24 heures, si un traitement en cours provoque un effet inhabituel, ou avant tout examen avec produit de contraste, anesthésie ou radiographie : signalez systématiquement la grossesse et son terme. En cas de prise accidentelle d'un produit dangereux, le centre antipoison régional répond 24 heures sur 24.

L'automédication, et ce qu'il y a dans l'armoire à pharmacie

Les produits achetés sans ordonnance concentrent une grande part des erreurs, parce qu'ils paraissent anodins. Trois pièges reviennent :

  1. Les associations toutes faites Les médicaments « rhume et grippe » contiennent souvent un vasoconstricteur, un antihistaminique et du paracétamol. Les vasoconstricteurs, oraux ou en spray nasal, sont à éviter pendant la grossesse ; la conduite à tenir figure sur la page rhume, grippe et fièvre.
  2. Le paracétamol caché Il est présent dans de nombreuses spécialités sous des noms différents. Cumuler deux boîtes revient à dépasser la dose maximale sans s'en rendre compte : vérifiez la composition avant d'associer deux produits.
  3. Les formes locales Un gel anti-inflammatoire, un patch, un suppositoire ou un collyre passent dans la circulation générale. Les règles applicables aux formes orales valent aussi pour eux.

Gardez une liste à jour de ce que vous prenez, ordonnances et produits libres compris, et montrez-la à la sage-femme. Le pharmacien reste l'interlocuteur le plus accessible pour une question ponctuelle : il a accès aux mêmes références que le prescripteur.

Si vous avez déjà pris un médicament déconseillé

La grande majorité des expositions ponctuelles n'entraîne aucune conséquence, et très peu de médicaments sont réellement tératogènes. Arrêtez le produit, notez le nom exact, la dose et les dates de prise, puis appelez votre médecin ou votre sage-femme : ces trois informations suffisent le plus souvent à conclure. Une surveillance échographique ciblée est proposée dans les rares cas qui le justifient. L'inquiétude est légitime, mais elle ne doit pas conduire à cacher la prise ni à interrompre un suivi. Les autres situations médicales de la grossesse sont regroupées sur le hub santé et complications.

Questions fréquentes

Puis-je prendre du paracétamol sans demander à chaque fois ?

Oui, le paracétamol est utilisable pendant toute la grossesse, à la dose efficace la plus faible et sur la durée la plus courte, sans dépasser les doses de l'autorisation de mise sur le marché. Une douleur ou une fièvre qui persiste au-delà de 48 heures doit être évaluée, pas simplement calmée.

Les huiles essentielles sont-elles vraiment déconseillées ?

Beaucoup le sont, y compris en diffusion et en application cutanée, car elles contiennent des molécules actives puissantes qui passent dans le sang. Aucune n'est à utiliser sans avis pendant la grossesse, et l'étiquette « naturel » n'apporte aucune garantie.

Mon médecin dit oui, la notice dit non : que faire ?

Suivez l'avis du prescripteur, qui s'appuie sur les données du CRAT, plus précises et plus récentes que la notice. La mention « déconseillé » d'une notice traduit souvent une absence d'étude spécifique, pas un risque établi.

Puis-je continuer un traitement homéopathique ou une tisane ?

L'homéopathie ne pose pas de problème de composition, mais elle ne doit pas retarder une prise en charge nécessaire. Les tisanes, elles, contiennent de vraies substances actives : plusieurs plantes sont déconseillées pendant la grossesse, à vérifier avant d'en boire quotidiennement.

Les médicaments sont-ils remboursés pendant la grossesse ?

À partir du 1er jour du 6e mois, tous les soins remboursables le sont à 100 % au titre de l'assurance maternité, y compris les médicaments pris en charge par l'Assurance Maladie. Avant cette date, le remboursement suit les règles habituelles.

Sources : CRAT (Centre de référence sur les agents tératogènes) ; Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ; Haute Autorité de santé, suivi et orientation des femmes enceintes ; Assurance Maladie (ameli.fr) ; CNGOF.