Hypertension pendant la grossesse : ce qu'il faut savoir

Une tension à 140/90 mmHg ou plus pendant la grossesse impose un avis. Selon le moment d'apparition, la situation et le suivi ne sont pas les mêmes.

Mis à jour le 10 septembre 2026

Le seuil est le même que hors grossesse : 140/90 mmHg. Une tension égale ou supérieure à cette valeur, confirmée au repos, définit l'hypertension artérielle et justifie un avis médical. Après 20 SA, elle fait systématiquement rechercher une protéinurie, qui signerait une pré-éclampsie.

Les formes à distinguer

Le moment d'apparition change tout : le pronostic, la surveillance et parfois le traitement.

FormeDéfinitionEnjeu
Hypertension chroniqueConnue avant la grossesse, ou découverte avant 20 SAAdapter le traitement au plus tôt ; risque accru de pré-éclampsie surajoutée
Hypertension gravidiqueApparue après 20 SA, sans protéinurieSurveillance rapprochée : une partie évolue vers une pré-éclampsie
Pré-éclampsieHypertension après 20 SA avec protéinurieUrgence, hospitalisation
Pré-éclampsie surajoutéeAggravation d'une hypertension chronique avec apparition d'une protéinurieUrgence
Hypertension de la blouse blancheTension élevée uniquement en consultationÀ confirmer par des mesures à domicile avant tout traitement
Hypertension du post-partumApparue ou persistante après l'accouchementSurveillance des premiers jours et des premières semaines

Une particularité physiologique explique certains diagnostics tardifs : la tension baisse naturellement au deuxième trimestre, sous l'effet de la vasodilatation. Une femme hypertendue connue peut donc afficher des chiffres normaux vers 20 SA, avant une remontée au troisième trimestre.

Bien mesurer sa tension

Une mesure mal faite conduit à traiter à tort ou à rassurer à tort. Les règles sont simples et valent aussi bien au cabinet qu'à domicile avec un tensiomètre validé :

  • Assise, dos appuyé, pieds à plat, bras posé et soutenu à hauteur du cœur.
  • Au repos depuis au moins cinq minutes, sans avoir fumé, bu de café ni marché juste avant.
  • Brassard adapté au tour de bras : un brassard trop petit surestime nettement les chiffres.
  • Deux à trois mesures espacées d'une minute, dont on retient la moyenne des dernières.
  • Un appareil huméral plutôt qu'un modèle de poignet, et un chiffre élevé toujours recontrôlé après repos.

La tension est mesurée à chacune des sept consultations prénatales, avec une bandelette urinaire à la recherche de protéines. Une automesure à domicile est parfois prescrite pour trancher entre une véritable hypertension et un effet blouse blanche.

Traiter, sans chercher à trop faire baisser

Deux principes gouvernent le traitement pendant la grossesse. Le premier : certaines classes de médicaments sont contre-indiquées, en particulier les inhibiteurs de l'enzyme de conversion et les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine, en raison d'une toxicité fœtale rénale. Une femme hypertendue traitée avant la grossesse doit donc voir son traitement révisé, idéalement lors d'une consultation préconceptionnelle et sans jamais l'interrompre d'elle-même. Le second : l'objectif n'est pas de normaliser la tension à tout prix, car une baisse excessive réduit la perfusion du placenta. Le médecin vise une fourchette, pas un chiffre le plus bas possible.

Plusieurs classes d'antihypertenseurs sont utilisables pendant la grossesse et l'allaitement ; le choix revient au médecin, qui s'appuie au besoin sur le CRAT. Les principes généraux sur les traitements figurent sur la page des médicaments. Aucun nom de molécule ni aucune dose ne doit être décidé sur la foi d'une page web ou d'une ordonnance ancienne.

Côté hygiène de vie, le régime sans sel strict n'est pas recommandé pendant la grossesse : il réduit le volume plasmatique déjà sollicité. Une activité physique régulière et adaptée, l'arrêt du tabac et un sommeil suffisant restent utiles. Le repos strict au lit n'a pas démontré d'intérêt et augmente le risque de phlébite.

La surveillance de la grossesse

Une hypertension conduit à un suivi renforcé : consultations plus fréquentes, contrôles biologiques réguliers, échographies supplémentaires pour surveiller la croissance fœtale et le liquide amniotique, Doppler des artères utérines et ombilicales. Un monitoring est réalisé au troisième trimestre. En cas d'hypertension chronique ou d'antécédent de pré-éclampsie, un traitement préventif par aspirine à faible dose, débuté avant 16 SA, peut être prescrit ; il s'agit d'une prescription spécifique, sans rapport avec l'usage antalgique de l'aspirine, qui reste contre-indiqué.

Le lieu et le terme de l'accouchement sont discutés en fonction de l'équilibre tensionnel et de la croissance du bébé. Une hypertension bien contrôlée sans complication permet le plus souvent une naissance à terme par voie basse ; un déclenchement peut être proposé selon l'évolution. La surveillance se poursuit après l'accouchement, la tension pouvant s'élever dans les premiers jours du post-partum. Un contrôle à distance et un bilan cardiovasculaire sont recommandés, une hypertension de grossesse étant un marqueur de risque cardiovasculaire pour la suite de la vie. L'ensemble des situations de suivi renforcé est réuni dans la rubrique santé et complications.

Appelez le 15 devant des maux de tête intenses résistant au paracétamol, des troubles visuels, des acouphènes, une barre douloureuse en travers de l'estomac ou sous les côtes à droite, des vomissements en fin de grossesse, une gêne respiratoire, une confusion ou une convulsion. Consultez le jour même pour une tension mesurée à 140/90 mmHg ou plus après repos, des œdèmes brutaux du visage et des mains, une prise de poids de plus de 1 kg en une semaine, une diminution des mouvements du bébé, des saignements ou des contractions. N'arrêtez jamais un traitement antihypertenseur de votre propre initiative.

Questions fréquentes

Peut-on tomber enceinte quand on est hypertendue ?

Oui, avec une préparation. Une consultation préconceptionnelle permet d'adapter le traitement aux molécules compatibles, de faire un bilan rénal et cardiaque et de programmer un suivi renforcé. Ne modifiez jamais votre traitement seule.

Faut-il supprimer le sel ?

Non. Le régime sans sel strict n'est pas indiqué pendant la grossesse et peut être délétère. Une alimentation équilibrée, sans excès de produits très salés et de plats industriels, suffit.

Une hypertension gravidique va-t-elle forcément évoluer en pré-éclampsie ?

Non, mais une partie des cas évolue ainsi, d'autant plus que l'hypertension apparaît tôt. C'est la raison de la surveillance rapprochée de la tension et de la protéinurie jusqu'à l'accouchement.

La tension redevient-elle normale après la naissance ?

Dans le cas d'une hypertension gravidique, elle se normalise le plus souvent dans les semaines qui suivent, parfois après un pic dans les premiers jours. Une hypertension chronique, elle, persiste et nécessite la reprise d'un suivi habituel.

Sources : CNGOF, recommandations sur l'hypertension artérielle et la grossesse ; Haute Autorité de santé, suivi et orientation des femmes enceintes ; Société française d'hypertension artérielle ; CRAT ; Assurance Maladie (ameli.fr).