Toute bactérie retrouvée dans les urines pendant la grossesse est traitée, y compris en l'absence de brûlures. Le dépistage se fait par bandelette urinaire à chaque consultation prénatale, confirmé par un ECBU. Une fièvre associée à une douleur lombaire impose une consultation en urgence : c'est une pyélonéphrite jusqu'à preuve du contraire.
Pourquoi la grossesse favorise ces infections
Trois mécanismes se combinent. La progestérone relâche les fibres musculaires des uretères, qui se dilatent et se vident plus lentement, laissant l'urine stagner. L'utérus, en grossissant, comprime les voies urinaires, davantage à droite qu'à gauche du fait de sa rotation habituelle. Enfin, la composition de l'urine change, plus riche en sucres et en acides aminés, ce qui favorise la multiplication bactérienne. Le germe en cause est le plus souvent Escherichia coli, issu de la flore digestive. Ces phénomènes expliquent aussi les envies fréquentes d'uriner, qui sont normales et ne signent pas à elles seules une infection.
Trois situations à distinguer
| Situation | Ce que vous ressentez | Prise en charge |
|---|---|---|
| Bactériurie asymptomatique | Rien du tout, découverte au dépistage | Traitement antibiotique quand même, puis ECBU de contrôle |
| Cystite | Brûlures en urinant, envies pressantes et fréquentes, urines troubles ou malodorantes, parfois un peu de sang, sans fièvre | Antibiotique adapté à la grossesse, débuté sans attendre l'antibiogramme |
| Pyélonéphrite | Fièvre supérieure à 38 °C, frissons, douleur d'un côté du dos ou du flanc, nausées, malaise général | Consultation en urgence, hospitalisation le plus souvent, antibiotiques par voie veineuse |
La particularité de la grossesse tient à la première ligne : en dehors de la grossesse, une bactériurie sans symptôme ne se traite pas. Enceinte, elle se traite systématiquement, parce qu'elle évolue vers une pyélonéphrite dans une proportion non négligeable de cas.
Le dépistage à chaque consultation
Une bandelette urinaire est réalisée à chacune des consultations prénatales obligatoires, à partir du 4e mois. Elle recherche des nitrites, produits par certaines bactéries, et des leucocytes, témoins de la réaction inflammatoire. Une bandelette positive conduit à un ECBU, examen cytobactériologique des urines, qui identifie le germe et teste sa sensibilité aux antibiotiques. Un ECBU est prescrit d'emblée, sans passer par la bandelette, en cas de diabète, d'antécédent d'infections urinaires à répétition, d'uropathie ou de symptômes.
Le recueil compte autant que l'examen : urines du milieu du jet, après une toilette locale, dans un flacon stérile, et acheminement rapide au laboratoire. Un prélèvement mal fait revient souvent contaminé par la flore vaginale et fait perdre plusieurs jours.
Le traitement, et pourquoi il ne s'improvise pas
L'antibiotique est choisi parmi les molécules dont l'innocuité est établie pendant la grossesse, puis ajusté selon l'antibiogramme. Certaines familles couramment utilisées en dehors de la grossesse sont écartées, d'autres seulement à certains termes : c'est pourquoi une ordonnance ancienne, un reste de boîte ou le traitement d'une amie ne conviennent jamais. La durée est plus longue qu'en dehors de la grossesse, le traitement minute étant peu utilisé, et un ECBU de contrôle est réalisé après la fin du traitement pour vérifier la guérison, puis un ECBU mensuel jusqu'à l'accouchement en cas de récidives. Aucune posologie ne peut être donnée ici : elle dépend du germe, du terme et de votre situation, et relève de la prescription. Pour toute question sur une molécule, votre pharmacien et le CRAT sont les bonnes ressources, comme le rappelle la page sur les médicaments.
Ce que l'infection peut déclencher
Une infection urinaire non traitée expose à trois complications. La pyélonéphrite d'abord, qui associe fièvre, douleur lombaire et retentissement général, et impose une prise en charge hospitalière. Ensuite, la fièvre et l'inflammation stimulent les contractions utérines et peuvent conduire à une menace d'accouchement prématuré, l'infection urinaire figurant parmi les causes identifiées d'accouchement avant terme. Enfin, un passage de bactéries dans le sang, plus rare, peut retentir sur le bébé. Ces complications sont largement évitées par le dépistage systématique, ce qui justifie la rigueur du protocole français.
Réduire les récidives au quotidien
- Boire suffisamment, environ 1,5 à 2 litres d'eau par jour, davantage en cas de chaleur, comme le détaille la page sur l'hydratation.
- Ne pas se retenir et vider complètement la vessie, en prenant le temps, y compris la nuit.
- Uriner après les rapports sexuels, mesure simple et efficace chez les femmes sujettes aux cystites.
- S'essuyer d'avant en arrière et éviter les douches vaginales, qui déséquilibrent la flore.
- Traiter la constipation, qui entretient le réservoir bactérien digestif.
- Distinguer les brûlures d'une mycose vaginale, qui démange et s'accompagne de pertes blanches épaisses, et n'a rien à voir avec une infection urinaire.
La canneberge n'a pas fait la preuve d'un effet suffisant pour remplacer un traitement, et les compléments à base de plantes ne sont pas anodins pendant la grossesse : demandez avant d'en prendre.
Consultez le jour même en cas de brûlures urinaires, d'envies pressantes inhabituelles ou d'urines troubles. Consultez en urgence, à la maternité ou aux urgences, devant une fièvre au-dessus de 38 °C, des frissons, une douleur d'un côté du dos, des vomissements, des contractions régulières, une perte de liquide ou du sang dans les urines. Toute fièvre supérieure à 38 °C pendant la grossesse justifie un avis le jour même, quelle qu'en soit la cause. En attendant, seul le paracétamol est autorisé pour faire baisser la température, à la dose minimale efficace ; les anti-inflammatoires comme l'ibuprofène sont formellement contre-indiqués et aggravent les infections urinaires.
Questions fréquentes
Peut-on avoir une infection urinaire sans aucun symptôme ?
Oui, c'est même fréquent pendant la grossesse. La bactériurie asymptomatique ne se manifeste par rien et se découvre uniquement au dépistage, ce qui explique la bandelette à chaque consultation prénatale.
Les antibiotiques sont-ils dangereux pour le bébé ?
Non, dès lors qu'ils sont choisis parmi les molécules validées pendant la grossesse. Le risque réel est celui de l'infection non traitée, bien supérieur à celui du traitement. Ne pas interrompre l'antibiotique dès que les brûlures disparaissent.
Une infection urinaire peut-elle déclencher l'accouchement ?
Elle peut provoquer des contractions et participer à une menace d'accouchement prématuré, en particulier si elle évolue en pyélonéphrite. C'est la raison principale du dépistage systématique.
Faut-il refaire un ECBU après le traitement ?
Oui, un contrôle est réalisé après la fin du traitement pour vérifier la disparition du germe, puis une surveillance mensuelle est mise en place en cas de récidives, aux côtés des autres prélèvements de fin de grossesse comme celui du streptocoque B. Les autres infections à surveiller sont réunies sur le hub santé de la grossesse.
Sources : Haute Autorité de santé ; Société de pathologie infectieuse de langue française, prise en charge des infections urinaires ; Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) ; Assurance Maladie (ameli.fr) ; Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT).