Les douleurs pelviennes de grossesse sont mécaniques dans l'immense majorité des cas et concernent une femme enceinte sur cinq environ, souvent à partir du deuxième trimestre. Elles se traitent par la kinésithérapie, l'adaptation des gestes et parfois une ceinture de soutien. Elles ne compromettent ni la grossesse ni l'accouchement.
Ce qui se passe dans le bassin
Le bassin n'est pas un bloc : trois articulations peu mobiles le tiennent, la symphyse pubienne en avant et les deux articulations sacro-iliaques en arrière. Sous l'effet de la relaxine et de la progestérone, les ligaments qui les stabilisent se détendent dès le premier trimestre, ce qui prépare le passage du bébé. La symphyse pubienne, normalement écartée de 4 à 5 mm, peut s'ouvrir de 2 à 3 mm supplémentaires. Cette mobilité nouvelle, combinée à un poids qui augmente et à un centre de gravité qui se déplace en avant, sollicite des structures qui n'y sont pas habituées.
Quand la douleur se concentre sur ces articulations, on parle de syndrome douloureux pelvien de la grossesse, ou de syndrome de Lacomme dans sa forme pubienne. Ce n'est pas une pathologie de l'utérus ni un problème du bébé.
Reconnaître l'origine de la douleur
| Localisation | Ce que vous ressentez | Origine probable |
|---|---|---|
| Pubis, face avant du bassin | Douleur en écartant les jambes, en montant un escalier, en se retournant dans le lit, parfois un craquement | Symphyse pubienne |
| Fesses, juste sous la taille, d'un côté | Douleur en position assise prolongée, en piétinant, en passant de assis à debout | Articulation sacro-iliaque |
| Aine et haut de la cuisse | Tiraillement bref au changement de position, à la toux, au rire | Ligaments ronds |
| Fesse irradiant derrière la cuisse jusqu'au pied | Douleur électrique, fourmillements, parfois faiblesse | Sciatique ou nerf pudendal |
| Bas-ventre, sensation de ventre dur qui se relâche | Durcissement global de l'utérus, rythmé | Contractions, à surveiller |
| Bas-ventre avec brûlures en urinant, envies pressantes | Douleur permanente, urines troubles | Infection urinaire, à traiter |
La distinction avec les douleurs du bas-ventre d'origine utérine est importante : une douleur pelvienne mécanique varie avec le mouvement et cède au repos, une contraction va et vient par vagues avec durcissement du ventre.
Ce qui soulage au quotidien
Les mesures les plus efficaces sont posturales et gratuites. Elles reposent sur un principe unique : éviter les mouvements qui écartent les cuisses l'une de l'autre de façon asymétrique.
- Garder les genoux serrés pour sortir du lit ou de la voiture : pivoter en bloc, jambes jointes, plutôt que lever une jambe après l'autre.
- S'habiller assise, ne pas enfiler un pantalon en équilibre sur une jambe.
- Monter les escaliers marche par marche, en posant les deux pieds sur chaque marche.
- Fractionner la marche et les stations debout ; les longues séances de piétinement sont le principal déclencheur.
- Dormir sur le côté, un coussin entre les genoux pour aligner le bassin : voir la position pour dormir et le coussin de grossesse, qui rend le retournement nocturne moins douloureux.
- Appliquer du chaud sur les sacro-iliaques, du froid sur le pubis en cas de douleur vive, dix à quinze minutes.
Côté médicaments, le paracétamol à la dose minimale efficace est le seul antalgique utilisable sans avis particulier. Les anti-inflammatoires, ibuprofène compris, sont contre-indiqués et formellement interdits dès 24 SA (22 semaines de grossesse) : ils exposent à des atteintes rénales et cardiaques fœtales. Voir les médicaments autorisés et interdits.
Kinésithérapie, ceinture et ostéopathie
La rééducation avec une sage-femme ou un kinésithérapeute formé à la périnatalité est le traitement de référence. Elle associe un travail des muscles profonds stabilisateurs du bassin, des étirements ciblés et l'apprentissage des transferts. Les séances prescrites pendant la grossesse sont prises en charge, et intégralement à partir du 6e mois, comme tous les soins liés à la grossesse.
Une ceinture de soutien pelvienne portée bas, sur le pubis et les hanches, réduit la douleur chez une partie des femmes, surtout en position debout prolongée. Elle se porte à la demande, pas en continu, pour ne pas désengager les muscles. L'ostéopathie et l'acupuncture sont fréquemment proposées ; les données sur leur efficacité restent limitées, elles peuvent apporter un soulagement transitoire à condition de s'adresser à un praticien habitué aux femmes enceintes. La natation et l'aquagym prénatale allègent le bassin et sont bien tolérées, contrairement à la brasse dont le mouvement de jambes aggrave souvent la douleur pubienne.
Après l'accouchement
La douleur régresse en quelques semaines dans la majorité des cas, le temps que les ligaments retrouvent leur tension. Une persistance au-delà de deux à trois mois justifie une consultation et une reprise de kinésithérapie ciblée, distincte de la rééducation périnéale, qui répond à un autre objectif. Un antécédent de syndrome pelvien augmente le risque de récidive lors d'une grossesse ultérieure : le signaler tôt permet d'anticiper la prise en charge.
Consultez le jour même si la douleur pelvienne s'accompagne de saignements, de fièvre supérieure à 38 °C, de brûlures urinaires, de contractions régulières avant 37 SA, d'une perte de liquide, ou si elle est brutale, intense et latéralisée. Appelez le 15 en cas de douleur pelvienne violente d'installation soudaine avec malaise, pâleur ou douleur de l'épaule, surtout en début de grossesse : une grossesse extra-utérine est une urgence. Une douleur qui empêche de marcher ou de se retourner dans le lit doit aussi être évaluée, même sans signe de gravité.
Questions fréquentes
La douleur du pubis peut-elle empêcher un accouchement par voie basse ?
Non dans la grande majorité des cas. Elle conduit surtout à adapter les positions pendant le travail, en évitant l'écartement excessif et asymétrique des cuisses. Signalez-la à l'équipe à l'arrivée en salle de naissance pour qu'elle en tienne compte.
À partir de quand ces douleurs apparaissent-elles ?
Le plus souvent entre 20 et 30 SA, parfois dès le premier trimestre lors d'une grossesse ultérieure. Elles s'intensifient généralement au troisième trimestre, avec l'augmentation du poids et la descente du bébé.
Peut-on continuer à marcher ou faire du sport ?
Oui, en fractionnant. L'immobilité complète aggrave la déconditionnement musculaire. La natation en dos ou en crawl doux, la marche par périodes courtes et les exercices doux adaptés sont généralement bien tolérés ; les mouvements qui écartent les cuisses sont à éviter.
Un arrêt de travail est-il possible ?
Oui. Quand la douleur empêche la station debout ou les déplacements, un arrêt peut être prescrit par le médecin ou la sage-femme, éventuellement au titre du congé pathologique prénatal de quatorze jours. Un aménagement de poste est parfois suffisant.
Sources : Assurance Maladie (ameli.fr), douleurs et maux de la grossesse ; CNGOF, recommandations sur le suivi de la grossesse normale ; Haute Autorité de santé, rééducation périnéale et pelvienne ; CRAT, antalgiques et anti-inflammatoires pendant la grossesse. Voir aussi Symptômes de grossesse.