Des ligaments qui doublent de longueur
L'utérus est maintenu dans le bassin par plusieurs ligaments, dont les deux ligaments ronds, qui partent des angles supérieurs de l'utérus, traversent l'aine et s'attachent au niveau des grandes lèvres. Quand l'utérus grossit et remonte dans l'abdomen, ces cordons s'allongent considérablement et s'épaississent. La relaxine, hormone dont la production augmente pendant la grossesse, assouplit en parallèle tous les tissus conjonctifs du bassin.
Un mouvement brusque, un éternuement, une toux, le fait de se lever d'un siège bas ou de se retourner dans le lit étire alors brutalement un ligament déjà tendu. La douleur est vive, en coup de poignard ou en élancement, localisée d'un côté ou des deux, dans l'aine ou le bas-ventre, parfois irradiant vers la hanche ou la grande lèvre. Elle dure quelques secondes à quelques minutes et cède au repos.
Ces douleurs apparaissent le plus souvent entre 14 et 24 SA (12 à 22 SG), période de croissance utérine la plus rapide, et peuvent réapparaître en fin de grossesse. Elles sont plus marquées lors d'une deuxième grossesse, la paroi abdominale étant moins tonique, et en cas de grossesse gémellaire.
Reconnaître une douleur ligamentaire
| Élément | Douleur ligamentaire | Contraction |
|---|---|---|
| Déclenchement | Mouvement, toux, changement de position | Spontanée, sans lien avec le mouvement |
| Localisation | Aine, un côté, parfois les deux | Tout le ventre, qui devient dur |
| Durée | Quelques secondes à quelques minutes | 30 secondes à 1 minute, avec un début et une fin nets |
| Ventre à la palpation | Souple | Dur, tendu comme un ballon |
| Rythme | Aucun | Peut devenir régulier et rapproché |
| Effet du repos | Cède rapidement | Ne cède pas si le travail est engagé |
La distinction se joue sur la dureté du ventre : posez la main à plat sur l'abdomen. Le détail des différents types de contractions est développé sur la page consacrée aux contractions.
Ce qui soulage
- Ralentir les changements de position. Se lever en passant par le côté, se retourner en bloc dans le lit, s'asseoir avant de se relever : la plupart des épisodes sont déclenchés par la vitesse du mouvement.
- Fléchir les hanches avant de tousser ou d'éternuer, ou plier les genoux, ce qui relâche la tension sur les ligaments ronds.
- Se mettre sur le côté douloureux, genoux repliés, dès l'apparition de l'élancement.
- Appliquer de la chaleur sur l'aine, bouillotte tiède ou douche chaude dirigée localement, en évitant les bains très chauds.
- Porter une ceinture de soutien à partir du deuxième trimestre si les douleurs sont fréquentes : elle répartit le poids de l'utérus et réduit la traction. Les repères de choix sont sur la ceinture de grossesse.
- Renforcer en douceur. Des exercices adaptés du transverse et du plancher pelvien, guidés par une sage-femme ou un kinésithérapeute, améliorent le maintien ; le yoga prénatal et la natation sont bien tolérés.
Si un antalgique est nécessaire, le paracétamol reste le seul de première intention, à la dose efficace la plus faible et le moins longtemps possible. Les anti-inflammatoires, ibuprofène et aspirine à dose anti-inflammatoire compris, sont contre-indiqués pendant la grossesse et formellement interdits dès 24 SA : voir les médicaments autorisés et interdits.
Les autres douleurs du bassin, à ne pas confondre
Une douleur en barre au pubis, réveillée en marchant, en montant un escalier ou en écartant les jambes, avec parfois une démarche en canard, oriente vers le syndrome de la symphyse pubienne, décrit sur les douleurs pelviennes. Une douleur qui descend de la fesse vers l'arrière de la cuisse, électrique, évoque une sciatique de grossesse. Une douleur lombaire basse, sourde et permanente, relève plutôt du mal de dos. Enfin, une douleur du bas-ventre qui s'installe, augmente et ne cède pas au repos n'a rien de ligamentaire : les repères sont sur les douleurs au bas-ventre.
Consultez sans attendre si la douleur dure plus de quelques minutes, si elle est permanente ou croissante, si elle s'accompagne de fièvre, de saignements, de pertes inhabituelles, de brûlures urinaires ou de vomissements. Urgence devant une douleur intense d'un seul côté avant 12 SA avec saignements ou malaise, qui doit faire éliminer une grossesse extra-utérine, et devant des contractions douloureuses répétées avant 37 SA, avec ou sans écoulement de liquide.
Questions fréquentes
Ces douleurs peuvent-elles faire du mal au bébé ?
Non. Il s'agit d'une tension sur des ligaments maternels, sans conséquence sur le fœtus ni sur le déroulement de la grossesse. Le seul enjeu est de ne pas confondre cette douleur avec un signe qui, lui, doit alerter.
À partir de quand apparaissent les douleurs ligamentaires ?
Généralement à partir du quatrième mois, quand l'utérus dépasse le bord du pubis et remonte dans l'abdomen. Certaines femmes les ressentent plus tôt, surtout après une grossesse précédente.
Peut-on continuer le sport avec des douleurs ligamentaires ?
Oui, en privilégiant les activités portées comme la natation et en évitant les changements de direction rapides, les sauts et la course sur sol dur. La douleur doit rester exceptionnelle et brève, pas s'installer pendant l'effort.
Une ceinture de grossesse est-elle vraiment utile ?
Elle soulage une partie des femmes, surtout en cas de station debout prolongée ou de douleurs pelviennes associées. Elle se porte quelques heures par jour, pas en permanence, pour ne pas relâcher la musculature de soutien.
Le panorama des maux par trimestre figure sur les symptômes de grossesse.
Sources : CNGOF, douleurs pelviennes et lombo-pelviennes de la grossesse ; Assurance Maladie (ameli.fr), petits maux de la grossesse ; HAS, suivi et orientation des femmes enceintes ; CRAT.