L'endométriose n'empêche pas de concevoir dans la majorité des cas, mais elle allonge souvent les délais. Elle justifie une consultation dès le projet de grossesse, sans attendre les 12 mois d'essais habituels. Une partie des femmes concernées rencontre des difficultés de fertilité, l'autre non.
Ce qu'est la maladie
L'endométriose correspond à la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de la cavité de l'utérus : sur le péritoine, les ovaires, les ligaments utéro-sacrés, parfois la vessie ou le rectum. Ce tissu réagit aux hormones du cycle, saigne, et entretient une inflammation locale qui aboutit à des lésions, des adhérences et des kystes ovariens appelés endométriomes. L'adénomyose, forme voisine, correspond à la même anomalie située dans l'épaisseur du muscle utérin.
Environ une femme sur dix en âge de procréer serait concernée, avec des formes très inégales : certaines douloureuses sans retentissement sur la fertilité, d'autres silencieuses et découvertes à l'occasion d'un bilan d'infertilité. Le délai entre les premiers symptômes et le diagnostic reste long, souvent plusieurs années, ce qui explique que beaucoup de femmes découvrent la maladie au moment du projet d'enfant.
Les signes qui doivent faire chercher
- Des règles très douloureuses, qui obligent à s'arrêter, ne cèdent pas aux antalgiques usuels ou imposent des absences répétées.
- Des douleurs pendant les rapports, profondes, positionnelles.
- Des douleurs pelviennes chroniques, en dehors comme pendant les règles.
- Des troubles digestifs ou urinaires rythmés par le cycle : douleurs à la défécation, sang dans les selles ou les urines pendant les règles.
- Une difficulté à concevoir, parfois seul signe révélateur.
Le diagnostic repose sur l'interrogatoire, l'examen clinique, une échographie pelvienne réalisée par un opérateur expérimenté, et une IRM pelvienne dans les formes profondes. La cœlioscopie n'est plus systématique pour poser le diagnostic.
Pourquoi la fertilité peut être touchée
| Mécanisme | Conséquence | Piste de prise en charge |
|---|---|---|
| Adhérences pelviennes | Mobilité et captation de l'ovocyte gênées | Chirurgie sélective, ou recours direct à la FIV |
| Atteinte des trompes | Passage de l'ovocyte ou de l'embryon empêché | Fécondation in vitro |
| Endométriome ovarien | Réserve ovarienne parfois diminuée | Discussion chirurgie contre préservation de la réserve |
| Inflammation péritonéale | Environnement défavorable aux gamètes et à l'implantation | Traitement médical, AMP |
| Adénomyose | Implantation plus difficile | Protocoles adaptés en AMP |
| Douleurs pendant les rapports | Fréquence des rapports réduite | Prise en charge de la douleur, accompagnement |
Un point est souvent mal compris : l'importance des douleurs ne prédit pas l'atteinte de la fertilité. Une forme très douloureuse peut laisser une fertilité normale, une forme discrète peut retentir sur la conception.
Le parcours quand la conception tarde
La consultation ne doit pas attendre. Une endométriose connue fait partie des situations où le bilan se fait d'emblée, comme le rappelle la page consacrée au bilan d'infertilité. Ce bilan est le même que pour tout couple, spermogramme compris, complété par une évaluation de la réserve ovarienne et une cartographie des lésions.
Les options se discutent au cas par cas. La chirurgie améliore les chances de grossesse spontanée dans certaines formes, mais l'exérèse d'un endométriome peut réduire la réserve ovarienne : la décision met en balance ces deux effets. La fécondation in vitro est proposée d'emblée dans les atteintes sévères, en cas d'atteinte tubaire ou de facteur masculin associé, avec des résultats globalement comparables à ceux des autres indications. Le déroulement figure sur la page consacrée à la PMA et à la FIV.
Les traitements hormonaux qui bloquent les règles soulagent les douleurs mais sont contraceptifs : ils sont interrompus pendant les essais, ce qui demande d'organiser à l'avance la prise en charge de la douleur avec l'équipe. Une préservation de la fertilité par congélation d'ovocytes peut être proposée dans certaines situations, en particulier avant une chirurgie ovarienne.
La grossesse elle-même
La grossesse suspend les règles et améliore souvent les douleurs, parfois dès le premier trimestre. Ce soulagement n'est pas une guérison : les symptômes reviennent généralement au retour des cycles, quelques mois après l'accouchement. Aucune recommandation ne conseille une grossesse comme traitement de l'endométriose, et le conseil ancien de « faire un bébé pour aller mieux » n'a pas de valeur médicale.
Les données suggèrent une légère augmentation de certaines complications : placenta praevia, accouchement prématuré, hypertension, césarienne. Ces risques restent modestes et n'imposent pas de suivi particulier dans les formes simples ; ils justifient de signaler la maladie dès la première consultation prénatale pour que le suivi en tienne compte. Les repères généraux du projet d'enfant figurent sur la page sur les délais de conception, dans la rubrique dédiée. Une autre cause fréquente de trouble du cycle, le syndrome des ovaires polykystiques, peut coexister et mérite d'être recherchée.
Consultez devant des règles qui empêchent les activités habituelles, des douleurs pendant les rapports, des douleurs pelviennes chroniques, ou du sang dans les selles ou les urines pendant les règles. Pendant la grossesse, consultez en urgence en cas de douleurs abdominales intenses et brutales, de saignements ou de contractions avant terme. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens, souvent utilisés pour les douleurs de règles, sont contre-indiqués pendant la grossesse, formellement à partir de 24 SA.
Questions fréquentes
L'endométriose rend-elle stérile ?
Non. Une partie des femmes concernées rencontre des difficultés à concevoir, mais la majorité obtient une grossesse, spontanément ou avec une aide médicale. L'intensité des douleurs ne prédit pas l'atteinte de la fertilité.
Faut-il opérer avant d'essayer de concevoir ?
Pas systématiquement. La chirurgie améliore les chances dans certaines formes, mais retirer un kyste ovarien peut réduire la réserve ovarienne. La décision se prend au cas par cas, en équipe, en tenant compte de l'âge et du bilan complet du couple.
La grossesse guérit-elle l'endométriose ?
Non. Elle suspend les règles et soulage souvent les douleurs, qui reviennent généralement au retour des cycles après l'accouchement. Une grossesse ne doit jamais être envisagée comme un traitement de la maladie.
Quand consulter si l'on a une endométriose et un projet d'enfant ?
Dès le projet, sans attendre douze mois d'essais. Ce délai est ramené à zéro en présence d'une cause connue, et l'anticipation permet d'organiser l'arrêt du traitement hormonal et la prise en charge de la douleur.
Peut-on prendre de l'ibuprofène pour les douleurs si l'on essaie de concevoir ?
En dehors de la grossesse, les anti-inflammatoires restent utilisés pour les douleurs de règles. Dès qu'une grossesse est possible, ils sont à éviter et le paracétamol à dose minimale efficace est privilégié ; toute autre molécule se vérifie auprès du CRAT ou du médecin.
Sources : HAS, prise en charge de l'endométriose ; CNGOF, recommandations sur l'endométriose et l'infertilité ; Assurance Maladie (ameli.fr), endométriose ; Agence de la biomédecine, assistance médicale à la procréation ; CRAT, médicaments et grossesse.