Tatouage et piercing pendant la grossesse : les vraies raisons d'attendre

Rien n'interdit formellement un tatouage enceinte, mais deux arguments suffisent à le reporter : l'infection et l'absence de données sur les encres.

Mis à jour le 10 septembre 2026

Tatouage et piercing sont déconseillés pendant la grossesse. Deux raisons : le risque infectieux, notamment d'hépatite B, d'hépatite C et de VIH en cas de matériel mal stérilisé, et l'absence d'évaluation des encres chez la femme enceinte. Un tatouage lombaire déjà présent, en revanche, n'empêche pas une péridurale.

Le risque infectieux, principal argument

Un tatouage et un piercing sont des effractions cutanées répétées. Dans un studio respectant la réglementation française, la stérilisation du matériel et l'usage d'aiguilles à usage unique rendent la contamination rare. Le risque n'est pas nul pour autant, et il change de portée pendant la grossesse : une hépatite B contractée en cours de grossesse peut se transmettre au nouveau-né, et une infection locale s'accompagnant de fièvre demande un traitement dans un contexte où le choix des antibiotiques est plus contraint. Les prises de sang obligatoires du suivi comprennent d'ailleurs la recherche de l'antigène HBs, précisément parce que la transmission mère-enfant se prévient à la naissance.

Le piercing ajoute un risque propre : les zones muqueuses cicatrisent lentement, les piercings de nombril et de mamelon s'infectent facilement, et la peau distendue par la grossesse tolère mal un bijou récent.

Les encres : ce qu'on ne sait pas

Les encres de tatouage contiennent des pigments, des solvants et parfois des métaux. Une partie de ces substances migre vers les ganglions lymphatiques. Aucune étude ne permet de dire ce qu'il advient chez la femme enceinte, ni si une fraction atteint le fœtus. L'ANSES a par ailleurs signalé à plusieurs reprises la présence de substances préoccupantes dans certaines encres du marché. Cette absence de données ne prouve pas un danger : elle justifie simplement de repousser un geste non urgent de quelques mois.

Ce qui se décide au cas par cas

SituationConduite
Tatouage déjà en place avant la grossesseAucun problème ; il peut se déformer si la peau s'étire, surtout sur le ventre et les hanches
Piercing de nombril ancien et bien cicatriséSouvent retiré au 2e ou 3e trimestre pour cause de tension ; un bijou souple en PTFE existe
Piercing de mamelonÀ retirer avant la fin de la grossesse pour l'allaitement et pour éviter les blessures
Nouveau tatouage ou piercingReporté après l'accouchement, et après l'allaitement pour plus de prudence
Détatouage au laserReporté : non évalué pendant la grossesse
Bijou métallique le jour de l'accouchementTous les piercings se retirent avant un bloc opératoire ou une césarienne

Tatouage lombaire et péridurale : la mise au point

La crainte est répandue : un tatouage dans le bas du dos empêcherait-il la péridurale ? Non. L'hypothèse théorique d'un entraînement de pigments dans l'espace péridural par l'aiguille n'a jamais été associée à des complications documentées, et les sociétés d'anesthésie ne considèrent pas un tatouage lombaire comme une contre-indication. En pratique, l'anesthésiste peut choisir un point de ponction dans une zone non encrée, ou piquer à travers, et c'est lui, et lui seul, qui décide au moment du geste. Un tatouage frais, encore en cours de cicatrisation, est en revanche une raison de différer une ponction dans cette zone : argument supplémentaire pour ne pas se faire tatouer le dos en fin de grossesse.

La question se pose à la consultation d'anesthésie du 8e mois, obligatoire, où vous pouvez signaler la localisation exacte de vos tatouages.

Ce que vous pouvez faire en attendant

Les alternatives temporaires ne sont pas toutes équivalentes. Un tatouage éphémère à base d'encre cosmétique ou un décalque pour enfant ne pose pas de problème. Le henné naturel appliqué sur la peau est habituellement toléré. Le henné noir est à écarter : il contient souvent de la paraphénylènediamine à forte concentration, source de réactions allergiques parfois sévères, comme signalé sur la page coloration des cheveux. Les autres gestes esthétiques suivent la même logique de prudence proportionnée que les soins du visage et l'épilation : ce qui est évalué se poursuit, ce qui ne l'est pas attend.

Après la naissance, comptez au minimum la cicatrisation du post-partum et, si vous allaitez, l'avis de votre médecin : les données manquent aussi pendant l'allaitement, et beaucoup de tatoueurs refusent par principe.

Consultez sans attendre devant une rougeur qui s'étend, un écoulement, une douleur croissante ou une fièvre supérieure à 38 °C après un tatouage ou un piercing, même ancien. Toute fièvre pendant la grossesse justifie un avis médical rapide. Signalez également à l'équipe, à la consultation d'anesthésie, la présence d'un tatouage récent dans le bas du dos.

Questions fréquentes

Je me suis fait tatouer sans savoir que j'étais enceinte, que faire ?

Signalez-le à votre sage-femme ou à votre médecin, qui vérifiera vos sérologies dans le cadre du suivi habituel. Surveillez la zone et votre température. Aucune conséquence particulière n'est attendue si le studio respectait les règles d'hygiène.

Un tatouage dans le dos empêche-t-il la péridurale ?

Non. Un tatouage lombaire cicatrisé ne constitue pas une contre-indication. L'anesthésiste choisit son point de ponction et décide au moment du geste ; un tatouage récent et non cicatrisé peut en revanche le conduire à changer de zone.

Faut-il retirer son piercing au nombril pendant la grossesse ?

Le plus souvent oui, dès que la peau se tend, pour éviter la douleur, la déchirure et l'infection. Des bijoux souples en PTFE permettent de garder le canal ouvert plus longtemps. Tout bijou doit être retiré avant un bloc opératoire.

Peut-on se faire tatouer pendant l'allaitement ?

Les données manquent également à cette période, et beaucoup de professionnels refusent. Si vous y tenez, attendez la fin de l'allaitement ou demandez l'avis de votre médecin, et choisissez un studio dont l'hygiène est irréprochable.

Sources : ANSES, sécurité des encres de tatouage ; Santé publique France, prévention des hépatites virales ; HAS et sociétés d'anesthésie, analgésie péridurale ; hub vie quotidienne pendant la grossesse.